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Reconnaissances

Les documents présentés ici sont autant d'illustrations du long combat mené par les métis. Victimes de pratiques ségrégationnistes et discriminatoires dès la fin du 19ème siècle et sur un temps long, les métis agissent pour obtenir de meilleures conditions de vie et pour faire entendre leur voix.

 

La « Résolution-Métis » , par sa mise en œuvre, doit permettre une reconnaissance et apporter des réparations d'ordre moral et/ou administratif aux métis qui ont été victimes des pratiques de ces pratiques de ségrégation ciblée, de même qu'à leur famille et descendants.

Enveloppe de la lettre adressée au Gouverneur général du Congo belge et du Rwanda-Urundi par des enfants métis de l'Institut de Byimana, Ruanda-Urundi, le 29 mai 1958, SPF-Affaires étrangères.

Dès les années 1920, des métis s'adressent à l'administration afin d'obtenir des informations sur leur identité. Ils livrent à cette occasion un aperçu de leur parcours de vie et de leurs expériences douloureuses.

Trois extraits de lettres écrites depuis la Belgique ou le Congo, par de jeunes hommes nés au début du 20ème siècle, sont reprises ici pour illustrer le fait que ces quêtes identitaires et de reconnaissance s'exprimaient déjà il y a un siècle. 

 

À Matadi, le 18 février 1927, un jeune homme adresse au Directeur de la Justice de Boma une lettre exprimant sa volonté de récupérer ses documents d'identité et les raisons qui motivent sa demande.

«

Je pourrai alors participer aux avantages accorder [sic] aux enfants mulâtres reconnus comme celui d'être inscrit aux registres européens ; de porter une carte d'identité au lieu du livret remis aux habitants de la Colonie ; d'être exempté de l'impôt indigène que je suis contraint à payer depuis 1923 ; le recouvrement des impôts déjà payés etc etc et par ce fait de faire [sic] jouir ma famille des mêmes avantages. »

Lettre d'un métis au Directeur de la justice de Boma, Matadi, 1927, SPF Affaires étrangères, GG, dossier individuel.

«

[...] Nous les métis dans l'abandon, méconnus de la race de nos pères et persécutés par celle de nos mères, ce n'est qu'à vous, Monsieur le Gouverneur, que nous reposons une confiance filiale pour l'amélioration de notre situation. »

Lettre d'un métis au Gouverneur général, Léopoldville (Kinshasa), 1926, SPF-Affaires étrangères, GG, dossier individuel.

«

Permettez-moi de vous le dire, Monsieur le Ministre, ma présence à Anvers doit être cachée, je gêne. Ni mon acte de naissance, ni les papiers matrimoniaux de mon père d'adoption ne sont en règle à mon égard. Je ne saurai jamais qui je suis, je ne connaîtrai jamais ni mon père, ni ma vraie mère, puisque mon père d'adoption s'obstine à ne pas le dire. Pas même à l'Hôtel de Ville. On m'a inscrit sans pièces légales, dans les registres de la population comme : « fils adoptif de la famille Schmit ». Je suis donc aussi bien le fils de mes oncles que de mon grand-père. Cela est absolument absurde.»

Lettre d'un métis au Ministre des Colonies, Anvers, 13 septembre 1927, AGR-2-dépôt Joseph Cuvelier, PJ, dossier individuel

 
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Lettre adressée au Gouverneur général du Congo belge et du Rwanda-Urundi écrite par des enfants Métis de l'Institut de Byimana, Ruanda-Urundi, le 29 mai 1958, SPF-Affaires étrangères.

Dans cette lettre datée du 29 mai 1958, deux enfants métis résidant à Byimana (un institut vers lequel l'Institut de Save renvoyait les garçons métis ayant atteint un certain âge), écrivent en cachette au Gouverneur général.

 

Cette lettre est un des rares témoignages directs des maltraitances subies par des enfants métis. Levés tous les jours avant quatre heures pour faire des travaux lourds, privés pour certains de matelas pour dormir, de chaussures pour protéger leurs pieds, ils font état de traitements différenciés de la part du directeur de l'institution entre les métis et les autres enfants ou entre les métis eux-mêmes. C'est un des rares exemples qui atteste d'une volonté de revendication.

Il a certainement fallu beaucoup de courage à ces deux jeunes garçons pour prendre la plume et relayer leur plainte auprès du plus haut représentant de l'autorité coloniale sur place.

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Lettre de l'assistante sociale de l'Association pour la promotion des mûlatres au Ministère d'Affaires étrangères, 1973, Bruxelles, AGR2, APPM, dossier individuel.

Cette lettre datée de 1973 illustre le chaos administratif et la situation parfois absurde dans laquelle se sont trouvés de nombreux métis après avoir été placés dans des familles en Belgique.

 

Ici, l' « Association pour la promotion des mulâtres » intervient auprès du ministère des Affaires étrangères à la demande de deux jeunes métisses âgées de 24 et 19 ans, qui souhaitent obtenir la nationalité belge.

 

Les deux jeunes femmes ont la chance de disposer d'actes de naissance (un document important qui fait malheureusement défaut à de nombreux métis encore actuellement). Or, en raison de la politique de zaïrianisation mise en place par président Mobutu en 1971, c'est ici l'homologation de ces documents qui pose problème.

De nombreux métis font actuellement face à des difficultés administratives qui ne sont pas sans rappeler le cas évoqué ici. La mis en oeuvre de la   « Résolution-Métis » doit permettre d’apporter des solutions concrètes et définitives à ces problèmes administratifs. 

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Audition au Sénat le 25 avril 2017 sur « la problématique des métis issus de la colonisation belge en Afrique ». © Kevin Oeyen - Sénat de Belgique

Le 25 avril 2017, une audition a lieu au Sénat sur « la question des métis issus de la colonisation belge en Afrique ». À cette occasion, des métis et des descendants de métis témoignent, des chercheurs (historiens, archivistes, anthropologues, juristes) interviennent et Monseigneur Bonny présente les excuses de l'Église catholique.

Cette journée est un événement marquant dans le long combat mené collectivement par les métis en vue d'une reconnaissance et ayant mené à l'adoption de la "Résolution-Métis" ayant initié ce projet.